
C'est tellement bouffon qu'on peine à croire que quelqu'un ait pu lire ça sérieusement, et plus encore le publier sans s'esclaffer. Mais tout le monde n'a pas l'inoxydable sérieux des Inrocks. Ainsi, il s'est trouvé certains mauvais esprits, outre Claro, pour se gausser de manière peu charitable de ce charabia collégial un rien compassé. Impardonnable trahison, il s'en est même trouvé dans un hebdomadaire pourtant ami de la clique à Bourmeau! Fabrice Pliskin, dont j'avais déjà vanté les mérites en ces cahiers, a ainsi commis dans les pages du Nouvel Observateur, ô fourberie, l'irrémissible crime d'étriller un peu ces jeunes fanfarons, oh, bien gentiment, pourtant, du bout de la plume, à peine... C'en était déjà trop pour ces messieurs, qui ont jugé bon de répondre tout de go à l'outrecuidant confrère. Les guerres ne naissent pas autrement! Une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes? Malheureusement, je crains que personne n'ait les épaules, d'un côté comme de l'autre, pour endosser d'aussi poussiéreux costumes. Toujours est-il que le Nouvel Observateur, repentant, a retiré le texte de Pliskin de sa version en ligne et qu'il faut donc recourir à une copie scannée pour le consulter. Amour de l'inconséquence ou nostalgie du samizdat? Les voies du rédac' chef sont impénétrables...
Mais revenons au concret : ces jeunes néo-naturalistes enragés, auteurs à vingt mains (diable!) d'un recueil de nouvelles paru chez Stock, sorte de Soirées de Médan wesh-style, ont le bonheur de compter dans leurs rangs la déjà fameuse Faïza Guène et le piteux Jean-Eric Boulin. Tous deux n'en sont pourtant pas à leur coup d'essai! Dangereux récidivistes! Boulin avait accouché l'an dernier, sous les hourrahs de la Presse, d'une petite charge très convenue, Supplément au roman national (Stock toujours), sorte de pamphletcule dérisoire et maladroit. Quant à Faïza Guène, inoubliable auteur de Kiffe kiffe demain, elle avait pourtant déjà été rappelée à l'ordre de manière très judicieuse par ce taquin de François Taillandier dans un billet publié par l'Humanité, alors même que toutes les bonnes âmes n'en finissaient plus de s'esbaudir devant cet audacieux "roman". Mais la fière demoiselle n'a de leçon à recevoir de personne! Autant dire que j'attends avec une impatience non feinte les oeuvres enfantées par un tel collectif, qui semble avoir confondu un peu vite le sacerdoce de l'art avec le catéchisme sociétal... Pour le moment, ça n'a pas l'air brillant, mais hé! je ne demande qu'à me tromper. Peut-être se trouve-t-il dans cet folle équipée un espoir inattendu qui fera mentir mes précédents propos sur la stérilité de l'association écriture & politique!
En attendant ce jour, c'est bibi qui se retrouve bien emmerdé! Moi qui voulais acquérir le troisième volet de La Grande Intrigue de Taillandier, justement, et le Cendrillon de Reinhardt, pourtant publiés eux aussi chez Stock! Amère injustice! Devoir engraisser ceux-là même qui ont pu encourager une telle pantalonnade! A n'en pas douter, les voies de l'édition sont elles aussi obscures aux profanes... A moins que l'on en vienne à penser qu'un grand éditeur n'a pas de politique cohérente? Ah, pardon, on appelle ça "ouverture d'esprit"? Autre temps, autres termes... Non, la vraie question, ce serait : et mon porte-monnaie, il a une éthique, lui? Désolé, bonnes gens, je n'ai pas de réponse à cette angoissante énigme.




